Face à la tempête : quand les coulisses de la société française révèlent l’art (et la nécessité) de la transformation
Un air de changement sur les hauteurs… et dans les conseils d’administration
Bienvenue dans l’ère où le climat n’est plus seulement ce que l’on commente à la machine à café. Les bouleversements technologiques, écologiques, économiques bousculent tout sur leur passage – chaînes d’approvisionnement comme réflexes de patrons. Selon la dernière enquête Global CEO Survey de PwC, 68% des dirigeants français voient déjà la date de péremption de leur modèle économique au bout de 10 ans (contre 42% dans le monde). Et on n’est pas loin du « meilleur avant », car ce chiffre était de 60 % seulement en 2023. L’urgence ? Une pression mêlée de règles toujours plus strictes (42%) et de technologies dansantes (27%).
- 63% des dirigeants ont pris au moins une mesure radicale pour réinventer leur création de valeur
- 33% reconnaissent que leurs investissements durables sur 5 ans ont boosté leurs revenus
Et cette tendance n’épargne ni les médias, ni l’industrie, ni la pharmacie : même les plus conservateurs prennent goût à la métamorphose, prêts à faire de la transformation une « seconde nature ».
Citadelle ou sentinelle : le dilemme du courage
Mais comment réagir face à l’essoufflement d’un modèle ? Rester barricadé dans ses remparts façon citadelle, ou ouvrir l’œil sur le monde comme une sentinelle ? L’équipe de Clermont School of Business, et le laboratoire #OrigensMediaLab (avec Alexandre Monnin et Emmanuel Bonnet), proposent une analyse limpide : ceux qui défendent à tout prix l’existant risquent l’obsolescence, tandis que ceux qui acceptent le renoncement s’offrent une chance de rebondir.
L’exemple des stations de ski françaises a de quoi faire frémir : alors que la neige fond plus vite que le stock de fondues savoyardes, certains investissent dans la neige artificielle, les canons à neige, les glaciers sous plastique… D’autres, plus lucides, comme la station de Métabief dans le Jura, renoncent aux coûteux investissements voués à l’échec. Leur choix ? Organiser la décroissance du ski alpin, favoriser l’écotourisme et anticiper le changement plutôt que s’accrocher à la poudreuse perdue.
Ce n’est pas qu’une affaire de flocons. Toute entreprise un jour ou l’autre doit choisir : défendre une « neige » stratégique en voie de disparition… ou miser sur la redirection courageuse, avec l’effort supplémentaire d’allier récit et vraie allocation de ressources.
Se réinventer : mission possible (les preuves par l’exemple)
Nombreuses sont les entreprises qui, après s’être vues condamnées par les vents du changement, ont plié… pour mieux renaître. Chacune démontre l’incroyable plasticité du modèle économique, parfois sous la contrainte, parfois par panache.
- Nokia, née papetière, devenue star du mobile puis acteur des réseaux télécoms. Capacité d’adaptation ou don d’ubiquité ?
- American Express, experte en diligence… puis en chèque de voyage, et enfin reine des cartes de crédit.
- Shell, passée d’importateur de coquillages à géant du pétrole, aujourd’hui regardée de près sur sa transition énergétique : faux espoirs ou vrai changement à venir ?
- Nintendo, des cartes à jouer artisanales à la révolution vidéo-ludique. Quand innover, c’est surtout croire au jeu, et pas seulement à la technologie pour la technologie.
- Netflix, du DVD au streaming, qui a fait du passage au numérique un art. Quand on dit que le facteur n’apporte plus que des pubs…
Attention : toutes ne réussissent pas le virage. Kodak, inventeur déchu de la photo numérique, est resté trop longtemps bloqué sur la pellicule. Blockbuster, sceptique du streaming, a raté le train Netflix. BlackBerry n’a jamais voulu abandonner son bon vieux clavier… et a fini éjecté du marché.
Quand l’écologie devient levier : histoires de transformations radicales
Peut-on réussir une redirection écologique après des années de business « as usual » ? Trois exemples font mentir les pessimistes :
- Interface, champion mondial de la moquette, a opéré sa « mid-course correction » pour tendre vers le zéro impact écologique, misant sur recyclage, énergies renouvelables et innovations inspirées par la nature.
- Scandic Hotels, marque créée sous l’égide d’ExxonMobil (!) et redressée en devenant pionnière du tourisme durable, de l’accessibilité et de l’inclusion : rentabilité doublée en dix ans.
- Patagonia, d’abord forgeron-alpiniste, puis fabricant de vêtements techniques, a transformé ses doutes en force motrice : coton bio, transparence, réparation, rachat par une fondation environnementale, offensives contre la fast-fashion… Jusqu’à l’activisme assumé.
Leurs leçons ? Savoir anticiper, explorer ses atouts, oser le lâcher-prise pour mieux rebondir. Pour paraphraser le psychiatre et explorateur Bertrand Piccard : comme en montgolfière, il s’agit parfois de jeter le lest (et les vieilles croyances) pour prendre de la hauteur et surfer sur de nouveaux courants.
Conclusion ? Dans une société française en pleine redéfinition de ses modèles, les entreprises qui feront l’histoire seront surtout celles qui auront su faire de la transformation une habitude heureuse, combinant agilité, courage et (parfois) un brin d’humour face à l’adversité. Et vous, prêts à lâcher le lest ?

Emmanuel est passionné par l’informatique, l’intelligence artificielle et les innovations technologiques. Il aime vulgariser des sujets complexes pour les rendre accessibles à tous. Curieux et rigoureux, il partage ses découvertes à travers ses articles sur le site.




