Après les étudiants, ce sont les profs qui détournent ChatGPT : l’école en crise

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L’intelligence artificielle ne se contente plus d’envahir les copies des étudiants. Désormais, elle s’invite aussi dans la salle des profs, faisant naître une crise de confiance au cœur de l’école. Entre gain de temps inespéré et soupçons de trahison de la mission éducative, l’arrivée de ChatGPT et consorts bouscule la relation professeur-élève. Autopsie d’une révolution feutrée (mais pas sans conséquences).

Quand les enseignants délèguent au numérique : une révolution à bas bruit

Il fut un temps où l’enseignant incarnait l’ultime dépositaire d’un savoir transmis sans filtre, ni intermédiaire. Mais aujourd’hui, dans l’ombre des salles de classe, assistants numériques et intelligences artificielles prennent du galon. De la rédaction de supports de cours à la gestion (épuisante) des corrections, de plus en plus de tâches enseignantes sont déléguées à la machine. Et cette mutation silencieuse transforme profondément le rapport à la transmission du savoir.

L’évolution pourrait sembler naturelle dans un monde de plus en plus digitalisé. Pourtant, elle suscite une interrogation majeure, surtout lorsque le recours aux outils d’IA reste longtemps invisible aux yeux des étudiants. Car l’utilisation de ChatGPT, par exemple, lorsqu’elle est dissimulée ou simplement passé sous silence, vient bouleverser les repères et le fameux pacte de confiance entre maîtres et élèves.

Transparence assumée ou recours discret : chacun sa méthode

Les usages en la matière varient fortement selon les établissements… et les personnalités. Certains enseignants jouent la carte de la transparence : à Harvard, David Malan n’hésite pas à intégrer dans sa pédagogie un chatbot créé sur mesure pour accompagner son cours d’informatique. À l’université de Washington, Katy Pearce s’appuie sur une IA entraînée selon ses propres critères d’évaluation. Selon le New York Times, cela permet même à ses étudiants de continuer à progresser, même lorsque leur prof n’est pas disponible.

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D’autres, coincés entre le manque de temps et la pression des corrections à la chaîne, optent pour la discrétion. Rick Arrowood, professeur à Northeastern University, reconnaît avoir utilisé plusieurs outils génératifs pour préparer ses supports de cours. Problème : il ne les a pas relus en détail, ni informé ses étudiants du procédé. Avec du recul – et peut-être une pointe de remords – il admet qu’une meilleure transparence aurait été souhaitable, histoire d’encadrer cette pratique naissante.

Le malaise des étudiants : confiance rompue et sentiment d’injustice

Cette absence de dialogue autour de l’IA produit du malaise chez les étudiants. Beaucoup détectent sans peine, dans leurs supports de cours, la griffe un peu froide d’un robot : style impersonnel, vocabulaire répétitif, illustrations étranges… Certains deviennent même de véritables experts en repérage de textes artificiels et n’hésitent plus à signaler ce qu’ils ressentent comme un manque d’implication de leurs professeurs.

L’affaire Ella Stapleton a cristallisé ce malaise. Cette étudiante à Northeastern a découvert, noir sur blanc, une requête adressée à ChatGPT dans ses supports de cours. Outrée, elle a déposé réclamation et exigé le remboursement de ses frais. Sur des plateformes en ligne comme Rate My Professors, les critiques pleuvent contre les contenus standardisés, jugés incompatibles avec une formation digne de ce nom.

  • Un sentiment de trahison qui s’intensifie surtout lorsque les étudiants sont eux-mêmes interdits d’utiliser ces outils.
  • Pour beaucoup, ce recours asymétrique à l’IA vire rapidement à l’injustice et à l’hypocrisie.

L’école en quête d’équilibre : vers une transparence obligatoire ?

Face à cette crise de confiance, plusieurs universités contre-attaquent en instaurant des cadres réglementaires clairs autour de l’usage de l’IA. Berkeley impose désormais la mention explicite de tout contenu généré par une machine, avec, impératif supplémentaire, une vérification humaine. Certains établissements français s’engagent dans la même voie, reconnaissant que bannir totalement ces nouveaux outils relève de l’utopie.

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Le New York Times rapporte, via une enquête de Tyton Partners, qu’environ un tiers des professeurs utilise aujourd’hui l’IA de façon régulière… mais rares sont ceux qui en informent leurs étudiants. Ce fossé alimente clairement les tensions. Paul Shovlin, professeur à l’université de l’Ohio, tempère : pour lui, l’essentiel n’est pas l’outil en lui-même, mais la façon de l’intégrer intelligemment. Il rappelle que l’enseignant reste avant tout un interlocuteur humain, apte à interpréter, à évaluer… et, quand même, à discuter. Ouf !

Certaines initiatives voient le jour : quelques professeurs préfèrent expliquer ouvertement leur recours à l’IA, l’encadrer, l’utiliser pour dynamiser les échanges. Cette marge innovante pourrait bien tracer un chemin de réconciliation entre innovation pédagogique et confiance (enfin) retrouvée.

Alors, enseignants et IA : duo gagnant ou mariage de raison mal assumé ? L’école du futur s’écrit aujourd’hui, balançant entre promesse technologique et nécessité de clarté. Un conseil pour les profs comme pour les élèves : miser sur la transparence, ce n’est jamais has been !