Des outils vieux de 2,6 millions d’années chamboulent nos origines humaines

Date :

Que faites-vous quand vous tombez par hasard sur un joli galet plat pendant vos vacances ? Vous le lancez dans la rivière pour battre le record de ricochets ? Nos ancêtres préhistoriques, eux, ne le voyaient pas vraiment du même œil ! Leur « record », c’était plutôt de transformer un caillou anodin en outil révolutionnaire. Accrochez-vous, car ces outils vieux de 2,6 millions d’années continuent aujourd’hui de bousculer nos certitudes sur nos origines humaines !

Un outil, c’est quoi au juste ? Homme, animal, qui a la palme ?

  • L’outil, au sens strict du terme, est tout objet par lequel l’homme intervient sur la matière, en prolongeant sa main pour se spécialiser dans un objectif technique.

Mais, contrairement à ce qu’on pensait longtemps, les humains ne sont pas les seuls créateurs ou utilisateurs d’outils. Il existe de véritables bricoleurs dans le règne animal :

  • Les chimpanzés cassent des noix avec des pierres et traquent les termites à l’aide de brindilles.
  • Les macaques japonais, quant à eux, lavent leurs pommes de terre en bord de mer — souci d’hygiène ou goût du sel, allez savoir !
  • D’autres animaux, comme les loutres de mer, corbeaux, pinsons ou encore les macaques nettoyeurs, utilisent aussi des outils naturels pour se faciliter la vie.

Cependant, selon le préhistorien Nicolas Teyssandier, l’avantage humain, c’est que l’Homme invente non seulement l’outil, mais aussi l’« outil à faire des outils » — une petite nuance qui a tout changé dans l’histoire !

A lire :  Sous l’eau : comment une Porsche neuve finit engloutie en quelques minutes

De la pierre brute au biface : petite histoire des outils préhistoriques

Ceux que l’on retrouve aujourd’hui sont presque exclusivement réalisés dans des matériaux inaltérables : pierre, os, ivoire. Les objets végétaux ou en cuir ont, eux, été balayés par le temps — trop fragiles pour traverser les millénaires.

On distingue plusieurs types d’outils :

  • Outils primaires : Utilisés sans transformation, directement ramassés dans la nature. Ils sont difficiles à reconnaître car ils ressemblent aux objets naturels, mais des traces d’usure peuvent trahir leur usage. Ces outils sont couramment utilisés par des animaux comme les chimpanzés.
  • Outils secondaires : Fabriqués grâce à un autre outil — par exemple, une pierre sert à en tailler une autre pour produire un couteau. Uniquement réalisés par les hominidés.
  • Outils composites : Formés de plusieurs éléments (par exemple, une flèche, un arc), souvent associés à des matières périssables, et n’apparaissent qu’avec Homo à des étapes « récentes ».
  • Métaoutils : Outils servant à améliorer ou à créer d’autres outils, à l’image d’une pierre servant de cale sous une enclume pour la stabiliser, vue chez certains chimpanzés.

Les grandes étapes : de l’Oldowayen à la technique de Levallois

La plus ancienne industrie lithique connue a été découverte en 2015 à Lomekwi, au Kenya, révélant des outils datant de 3,3 millions d’années. Longtemps, on croyait que seul le genre Homo fabriquait des outils. Or, ces premiers outils pourraient avoir été façonnés par des australopithèques, paranthropes ou même Kenyanthropus platyops — un hominidé aux petites dents, à la face plate, dont on ne connaît qu’un seul individu… Hum, pas de quoi fonder un club d’amis tailleurs de silex !

A lire :  Déjà top 10 : pourquoi cette mini-série Netflix rend tout le monde accro

Mais c’est au Paléolithique archaïque, entre 2,3 et 2,6 millions d’années, que les outils dits « choppers » font leur apparition : de simples galets tranchants, parfois façonnés sur deux faces (chopping-tools), principalement retrouvés près des fleuves d’Afrique de l’Est (Gona Hadar, Koobi Fora, Vallée de l’Omo, Olduvaï).

Homo habilis maîtrisait très certainement ces galets, mais il n’est pas exclu que les paranthropes en fussent également capables. Leur utilité ? Principalement le dépècement de charognes, la récupération de peaux pour lutter contre le froid.

L’ère de l’Acheuléen (dès 500 000 ans, et même jusqu’à 800 000 ans en Chine) marque un progrès technique notable : la taille fine des bifaces symétriques, l’apparition du hachereau, du coup de poing, du polyèdre. Nouvelles aires d’implantation : les campements se déplacent loin des flux des rivières, probablement pour éviter les crues.

L’invention de penser son outil : la spécialisation à toute allure

La technique de Levallois, à partir de –300 000 ans, marque une petite révolution : on prépare le noyau de pierre pour en détacher en un geste la lame aux dimensions désirées. De ce fait, les Néandertaliens et les premiers Homo sapiens créent des pointes, lames, burins, racloirs, grattoirs, qui seront parfois combinés à d’autres éléments pour donner naissance à des armes complexes (lances, flèches).

Progressivement, les outils se spécialisent. Homo sapiens se distingue dans la miniaturisation et la diversité : grattoirs, couteaux, perçoirs, aiguilles, burins, harpons, arcs, propulseurs et hameçons transforment la chasse, la pêche, l’habillement et l’éclairage.

  • Les cultures lithiques évoluent vite, au point de souvent se chevaucher sur un même site, à la même période.
A lire :  Moins de 4€ pour ce jeu culte : “incroyable à ce prix-là”

À partir de –5000 ans, place au Néolithique… mais ceci est une autre histoire ! Alors la prochaine fois que vous croisez un galet en forêt, ayez une petite pensée pour nos ancêtres qui y ont vu bien plus qu’un simple caillou…