Elle devait être la prochaine fierté du thriller français, un mélange de tension, de paysages boisés et de psychologie sombre. Traqués ou The Hunt en anglais promettait de réunir deux grands noms du cinéma, Benoît Magimel et Mélanie Laurent, dans une chasse à l’homme captivante. Mais à une semaine de sa sortie, tout s’effondre : Apple TV+ et Gaumont décident de suspendre sa diffusion. Une décision radicale qui cache une accusation de plagiat explosive.
Prévue pour le 3 décembre, la série devait suivre deux groupes de chasseurs en pleine forêt dont la rencontre tourne au drame. Un tir, un mort, puis une spirale de vengeance, le tout sur fond de tension et d’angoisse. Bref, tout ce qu’il faut pour tenir le spectateur en haleine. Mais le 25 novembre, Gaumont annonce brusquement la suspension du programme. Les affiches disparaissent, les annonces promotionnelles s’évaporent, la page Apple TV+ se vide. En un claquement de doigts, Traqués devient un fantôme du streaming.
Pourquoi un tel revirement ? Le mystère s’éclaircit rapidement. Le créateur, Cédric Anger, est accusé d’avoir plagié un roman américain publié en 1973 : Shoot, écrit par Douglas Fairbairn et adapté au cinéma quelques années plus tard. Dans les deux œuvres, même décor, même scénario : une partie de chasse entre deux groupes d’hommes vire au cauchemar, un tir mortel, puis une chasse à l’homme sans fin. Les ressemblances sont si frappantes que les producteurs n’ont pas pris le risque d’aller plus loin sans vérification.
Contacté par le magazine Variety, Gaumont confirme qu’une enquête interne est en cours pour déterminer si le scénario de la série enfreint les droits du roman original. En attendant les conclusions, la diffusion est « suspendue jusqu’à nouvel ordre ». En langage clair : il est possible que Traqués ne voie jamais le jour.
Une telle décision est rarissime. Les plateformes de streaming annulent souvent après coup, quand les chiffres d’audience sont décevants. Mais annuler avant même la sortie, c’est une première pour une production de cette ampleur. Pour Apple TV+, qui misait sur ce thriller français pour renforcer son catalogue européen, le coup est rude. Et pour Gaumont, habitué aux succès critiques, c’est une publicité dont il se serait bien passé.
La situation embarrasse tout le monde. Car si les accusations se confirment, Traqués risque de rester dans les cartons. Et si elles s’avèrent infondées, la série pourrait revenir plus tard, peut-être rebaptisée, peut-être remaniée, mais sans doute amputée de son aura d’origine. Dans les deux cas, l’élan est brisé.
Cette affaire rappelle combien la frontière entre hommage et plagiat est ténue dans l’industrie audiovisuelle. S’inspirer d’un roman oublié peut sembler anodin, mais à l’ère d’internet, plus rien ne passe inaperçu. Chaque intrigue, chaque ressemblance, chaque scène peut être comparée, analysée, dénoncée en quelques heures.
Ironie du sort, Traqués raconte justement une chasse à l’homme où la victime devient le chasseur. Désormais, c’est la série elle-même qui se retrouve traquée, prise dans une tempête judiciaire et médiatique dont elle aura du mal à sortir indemne. La traque continue, mais cette fois, ce sont les avocats qui tiennent le fusil.

Emmanuel est passionné par l’informatique, l’intelligence artificielle et les innovations technologiques. Il aime vulgariser des sujets complexes pour les rendre accessibles à tous. Curieux et rigoureux, il partage ses découvertes à travers ses articles sur le site.




